09.01.2010
Boycott - suite et fin ?
A tous ceux qui ont souhaité "réagir" à deux notes récentes intitulées "Boycott".
Il en faut tellement peu, aussi peu qu'une histoire de fille qui fréquente peut-être un garçon, de fille dont le frère n'aime peut-être pas ce garçon, de fille au sujet de laquelle deux garçons vont en venir aux mots, aux mains, au couteau, il en faut tellement peu pour qu'aujourd'hui une famille pleure un fils assassiné, une autre famille pleure un fils devenu assassin, une jeune fille pleure à la fois le crime de son frère et la mort de son amoureux...
Il en faut tellement peu pour réécrire chaque jour Le Cid ou Roméo et Juliette...
Il en faut tellement peu pour semer la mort, cette mort qui, paraît-il, vaut tellement mieux que toutes les vies, même les plus modestes... Viva la muerte, disaient les fascistes espagnols, tout enivrés de leurs crimes et de leurs rêves.
Hier après-midi, je suis allé à un enterrement avec ma fille, celui du père d'une de ses camarades de collège. L'an dernier, nous avions aussi suivi ensemble le cercueil d'un autre homme d'une quarantaine d'années emporté par la maladie, qui laissait derrière lui une femme, trois enfants, et beaucoup de projets. Comme c'est beau, comme c'est doux, comme c'est merveilleux, la mort.
Et j'ai aussi pensé à tous ces morts, de chaque côté des frontières sanglantes qui ne manquent pas de par le monde, ces morts qui ravinent les âmes, qui broient les cœurs, qui déchiquètent les familles. Comme tout cela est beau et désirable.
Aussi, je comprends tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, préfèrent la grandeur de la mort à celle de la vie, la beauté de la vengeance ou du règlement de compte à celle du pardon et de la réconciliation, et qui, chaque jour, vont chercher au fond d'eux la force d'attiser les braises qui allumeront les bûchers de demain. Et je les en remercie, car ils me montrent encore plus qu'ils ne l'imaginent la chance qui a été la mienne. En effet, j'ai, au nombre des gens que j'ai fréquentés et que j'aime, une femme qui a pardonné, de vive voix, les yeux dans les yeux au parloir de la prison où ils purgeaient leur peine, aux deux hommes qui avaient violé et assassiné sa fille de 16 ans.
Je sais qu'on peut pardonner. Je sais qu'on peut retrouver la paix. Je sais que rien n'est perdu pour les hommes de bonne volonté.
RH




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